Moto Club Maximois
Sortie dans les Alpes


Journée du samedi 28 juin

     A ma grande déception aucun membre du club n'a pu se libérer pour cette sortie programmée pourtant de longue dâte. C'est dommage, car malgré un nombre important d'heures de selle c'est une des sorties que j'ai le plus appréciée.

     Vous l'avez compris nous ne serons que deux ce week end, Alice et moi-même. Nous avions pris notre journée du samedi ( et oui on travail le samedi ) depuis plusieurs semaines déja, nous réjouissant à l'idée de ce périple à travers les Alpes et plus particuliérement quelques cols empruntés par les coureurs du tour de France.
     Il est 8h quand j'actionne le démarreur de la Pan et c'est un équipage de 480 kg qui s'élance en direction du nord. Le rythme de la matinée est assez soutenu car nous empruntons des routes que nous connaissons bien et donc de moindre intérêt même si les régions traversées ne manquent pas de charme. La premiére pause à lieu à Seyne sur la D 900 pour acheter le pain du pique-nique. 180 km au compteur et déja deux heures et demi de route, une formalité grace au confort extraordinaire de notre moto. Aprés avoir contourné le barrage de Serre Ponçon par la D 954 qui offre une vue plongeante sur les eaux turquoises du lac nous rejoingnons Briançon et enfin Serre Chevalier pour la pause déjeuner, il est 13h et nous sommes toujours dans un remarquable état de fraicheur. 13h30 et nous repartons cette fois en terreinconnue, à commencer par le col du Lautaret ( 2057m), sur la gauche une vue imprenable surle glacier du massif de la Meije. La D 902 monte encore jusqu'au col du Galibier ( 2646m ), ici c'est une vue grandiose sur le massif des écrins. La descente méne à Valloire ou nous en profiterons pour acheter deux polaires dans une boutique en prévision de notre voyage au Québec en mars 2004. En sortant du magasin le ciel c'est assombri et déja quelques gouttes viennent s'écraser sur la selle, il est temps d'enfiler nos deux piéces étanches.

     A Saint Michel de Maurienne je prends sur la droite la N 6 direction le col de l'Iseran ( 2770 m ). Jusqu'à la bifurcation qui méne en Suisse par le col du Mont Cenis tout se passe bien, enfin aussi bien que possible quand on roule sous la pluie. C'est quand nous nous engageons sur la D 902 que les choses se compliquent, la route est recouverte d'une écume blanchâtre et j'aperçois des auréoles bleutées par endroit, nul doute que ce sont là les effets pervers de l'augmentation constante du parc des véhicules diesels. Résultat je roule sur des oeufs, inutile de vous dire qu'en cas de glissade il est impossible de récupérer les 480 kg du vaisseau avec les pieds. Honda m'a bien fourni l'anti blocage et l'anti patinage mais pas encore "l'anti casse gueule". Au fur et à mesure que nous montons le décors se fait de plus en plus sauvage, la température baisse désagréablement et mes doigts s'engourdissent, se qui n'arrange pas mes affaires.Mais l'effort en valait la peine, arrivé au sommet le site est époustouflant, le dépaysement total. Un instant j'imagine ce que les coureurs du tour doivent endurer pour escalader ces montagnes dans de pareilles conditions, et même avec de l'EPO plein les fesses cela tient du sacerdoce. Dans la descente les conditions s'améliorent sensiblement, le froid diminue progressivement, la route commence a être lessivée et la mousse sur la chaussée se fait de plus en plus rare. La montagne n'est plus qu'un immense rocher taillé à la serpe. Dans la vallée la lumiére se fait discréte à cause de la météo mais aussi en raison de la couleur gris foncé de la roche. Là, au détour d'un virage, nous tombons en admiration devant un village sortie de nul part. Les maisons toutes construites en pierres grises sont recouvertes de lauses et se confondent avec la montagne en arriére plan, c'est carrément surréaliste. La pancarte indique Val d'Isére, alors là j'y crois pas, je m'imaginais une station huppée avec tout ce que cela implique et à la place je découvre un authentique village montagnard. Finalement quelques kilométres en aval nous découvrons la station de sport d'hiver cette fois conforme à l'image de toutes les stations touristiques avec ses boutiques et ses hotels de luxe. Mais quelle bonne idée d'avoir conservé ce remarquable petit village dans sont écrin à l'écart de la foule.

     Il est 19h quand nous arrivons à Bourg St Maurice la pluie s'est arrétée et la compteur de la moto indique 480 km ( tiens comme le poids l'engin ). C'est ici que j'ai prévu de trouver un hotel pour la nuit, seulement voila, l'endroit ne nous plait pas, aucun charme, nous sommes déçus. Notre décision est prisenous continuons jusqu'au prochain village. C'est reparti par la D 902 direction le Cormet de Roselend ( 1968m ), Le début de l'ascension est pénible en raison des nombreux lacets qui jalonnent l'itinéraire, j'éprouve pas mal de difficultés dans les 180° à droite en raison du rayon réduit de ce type de virage, la saccoche de réservoir n'arrangeant pas les choses et la fatigue non plus. Au sommet c'est à nouveau l'émerveillement, le décor cette fois ressemble aux hauts plateaux d'écosse, un paysage vallonné recouvert d'une épaisse végétation d'un vert intense. Quelques kilométres plus bas l'impression est accentuée par la vue d'un lac artificiel entouré d'une herbe riche et grasse. Ensuite la route serpente à travers la forêt pour finalement arriver à Beaufort le village à l'origine du fameux fromage à pâte cuite sans trou à l'intérieur. Cette fois nous n'irons pas plus loin, je suis épuisé. La Pan a beau être un must en matiére de confort les 10heures de selle et les 520 km m'ont mis sur le flan. Il reste une chambre de libre au " Doro" un charmant hotel en face de l'église, nous la prenons sans hésiter. L'accueil est familliale le diner correcte. Nous trouvons encore assez d'énergie pour faire un petit tour dans le village avant de goûter à un repos bien mérité.

Journée du dimanche 29 juin

     J'aurais pu vous raconter aussi la nuit du samedi au dimanche parceque on a pas dormi, et pour cause, une chambre en face une petite église de montagne çela a peut être du charme mais c'est bruyant, en fait c'est bruyant toutes les heures. Aussi la nuit ne fut qu'une suite d'assoupissements entre chaque tintement de cloches. Au petit déjeuner la tête des autres pensionnaires en dit long sur leur état de fraicheur, je ne pense pas qu'ils reviendront de sitôt dans cet établissement et nous non plus.

     Aprés avoir passé un bref coup d'éponge sur la moto histoire d'effacer les stigmates laissés par la pluie d'hier nous reprenons notre route vers Alberville. Ensuite aprés 18 km sur la N 90 qui rejoint Moutiers nous bifurquons sur la droite par la D 94 et la montée sur le col de La Madeleine ( 1993 m ).La route est étroite la vigilance s'impose d'autant plus que que les deux ou trois voitures que nous croisons roulent comme des bolides. Nous faisons une courte pause un peu avant le sommet pour Alice qui ne se sent pas en grande forme, rien d'étonnant aprés une si bonne nuit. Assis sur un banc nous contemplons la montagne en respirant l'air pure de la région. Dans le fond de la vallée on aperçoit et surtout on entend un groupe de moto qui s'engage sur le ruban d'asphalte qui escalade la pente dans notre direction. Nous basculons dans la descente qui nous conduit à St François Longchamp, une station de sport d'hiver dont je n'avais jamais entendu parler mais qui semble connue car trés animée. A St Avre un village bon chic bon genre ou à premiére vue on ignore l'existence des logements sociaux, nous nous engageons sur la D 927 vers le sommet du Glandon ( 1924 m ), oui à moi aussi l'origine du nom m'a parue douteuse. Là encore l'ascension ne serapas facile, cette fois en raison d'une course cycliste. Les champions descendent en sens inverse évidemment à fond les manettes. A la sortie d'un virage à droite nous découvrons un attroupement autour d'un motard qui visiblement c'est mis par terre. Il est allongé dans l'herbe à coté de son trail et plusieurs personnes s'occupent de lui. Inutile de s'arréter on ne pourrait rien faire de plus sinon encombrer d'avantage la chaussée déja étroite à cet endroit. Au sommet la route se sépare en deux à gauche c'est le col de la Croix de Fer ( 2068 m ) c'est de là qu'arrivent les coureurs et à droite la descente vers le Défilé de Maupas, c'est notre direction. La tranquilité retrouvée nous pouvons nous détendre et profiter à nouveau pleinement de la balade. Nous croisons une ambulance et je prie pour que ce ne soit pas celle qui va au secours du motard dont je vous ai parlé précédemment, parceque ça fait déja un bon bout de temps que nous sommes passés à sa hauteur. Arrivée au barrage que surplombe la montagne des Sept-Laux le cadre est tellement beau que nous décidons de nous arréter pour déjeuner. On s'assoie à coté d'un torrent qui va se jeter en contre bas dans le lac en émettant le bruit caractéristique du torrent justement. Devant nous le lac avec au dessus la montagne et autour le calme, si ce n'est un âne qui se met a braire comme un âne justement. C'est Stéphane qui serait content lui qui aime bien pique-niquer dans l'herbe, ah qu'est ce qu'on est bien ici, il fait un soleil magnifique et on a même pas chaud. 13h, nous enfourchons à nouveau notre fidéle destrier et continuons la descente par la D 526, aprés un passage par Molard dont l'origine du nom me paraît là aussi plutôt douteuse, nous rattrapons enfin la N 91.

Des coups de casque à répétition me laisse penser qu'Alice s'endort, un effet secondaire fréquent chez elle aprés le déjeuner, se sera l'occasion d'une pause dans une pompe à essence. Si je ne vous parle pas souvent des arrêts à la pompe c'est qu'en vérité on en fait pas souvent , la Pan ne consomme pas beaucoup en temps normal mais à se train de sénateur elle bat des records, 4.6l/100km. Avec 28l dans le réservoir vous imaginez un peu l'autonomie de la bête. Nous reprenons la D 526 par le col d'Ornon ( 1367 m ) pas le plus haut certes mais le plus bucolique, au sommet un passage de gué et deux dos d'âne comme je n'en ai jamais vu, un contre bas d'au moins deux métres entre chaque bosse, même à 40 km/h et malgré le poids de la moto j'ai senti mon estomac remonter jusque dans mon casque. Vu les traces laissées par les carters des voitures il y en a qui ont du pleurer en passant par ici. Nous rattapons la N 85 la fameuse route Napoléon à la Mure et nous suivons les panneaux Gap. Les 65 km menant à Gap seront parcourus à vitesse disons soutenue, un vrai régal, une succession de grandes courbes entrecoupées de virages au revétement parfait. Fort heureusement la marée chaussée n'a pas décidé de tendre d'embuscades sur ce tronçon aujourd'hui et j'en profite pleinement. Entendons nous bien, je ne fais nullement ici l'apologie de la vitesse, je trouve même normal et nécessaire de sanctionner les inconscients qui déboulent à plus de 150km/h sur le réseau secondaire. Mais bon, entre les 90km/h réglementaires et les 120 km/h qui s'affichent à mon compteur y a pas vraiment de quoi hurler au loup, évidemment il s'agit là d'une opinion personnelle par ailleurs difficile à défendre en cas de controle. A Gap je cherche les panneaux qui indiquent l'autoroute, j'ai prévu de rejoindre Manosque rapidement, la N 85 ne présentant aucun intérêt sur ce tronçon. Avant la sortie Manosque nous stoppons à l'ombre sur une aire de repos, la chaleur est insoutenable sur l'autoroute, ah elle est loin la fraicheur des montagnes. Cette pause est l'occasion de tailler la bavette avec un jeune couple sympa qui vient de la région parisienne passer quelques jours de vacances dans le Verdon. Je leur confirme qu'ils ont fait un bon choix et je leur donne l'adresse de Roland à Rougon et comme ils envisagent d'aller en Corse je leur donne également l'adresse du site qu'ils puissent s'inspirer de notre parcours de l'année derniére. Aprés une heure de route on s'assoie à la terrasse d'un café à Aups à l'ombre des platanes pour un rafraichissement mérité. Encore une heure de route et je rentre la moto au garage, 970 km et 19 heures de selle, comme dit Alice ça peut compter.

     Voila, tout est dit, encore une fois dommage que les copains n'aient pas pu se libérer pour ce périple, c'est une autre ambiance quand on voyage en groupe. Quoi qu'il en soit je vous recommande vivement ce parcours vous ne serez pas déçu, ça c'est sur. A oui, une derniére chose, je ne sais pas trés bien par quoi remplacer ma Pan, j'hésite, et finalement je me demande si je ne vais pas la garder, en dépit de son poids et de sa piètre maniabilité à basse vitesse c'est vraiment le top du top en matiére de grande routiére.

antoine.